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Foot zurichois, quo vadis ?

La lente agonie de Grasshopper, recordman de titres nationaux, navre tout le
football helvétique. « On ne prête qu’aux riches », avance Steve Guillod.

Vingt-sept titres, dix-neuf coupes, ça vous donne un statut. Mais pas une assurance-vie. À Zurich, le football d’élite aujourd’hui se joue au Letzigrund qui accueille – depuis l’abandon puis la démolition du Hardturm – le FC Zurich et Grasshopper. Il y a dix ans, le FCZ soulevait son dernier trophée de champion, soit six ans après l’ultime sacre des Sauterelles. Steve Guillod, consultant Teleclub et ancien attaquant de Grasshopper au début des années 90, observe avec réalisme la chute du football zurichois au plus haut-niveau. « Je crois qu’il faut séparer les histoires des deux clubs. Il y a d’abord celle de Grasshopper qui pouvait s’offrir les meilleurs joueurs sur le marché jusqu’au début des années 2000, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui pour différentes raisons. La première et vraisemblablement principale, c’est la perte du Stade du Hardturm. En perdant son stade, le club a perdu son identité. À ce niveau, ça a été une catastrophe pour GC. »

Ensuite, il y a eu la domination de Bâle qui a fait de l’ombre à tous les clubs suisses !
C’était l’époque de Gigi Oeri et les mastodondes de la pharmaceutique avec un budget proche des 100 millions de francs. Plus personne ne pouvait rivaliser. Et puis, force est de constater que les clubs nantis sont soutenus par les plus riches parce qu’ils ont des résultats. Seulement voilà : cela fait maintenant quelques années que Grasshopper est privé de résultats probants. Ça entraîne la perte de sponsors parfois historiques comme la famille Spross, et il y en a eu d’autres sur ces quinze dernières années. Durant cette période, certaines personnes ont voulu profiter de ce chaos pour se mettre en avant dans cette organisation qui auparavant était très bien dirigée. Il y a eu des guerres intestines qui sont devenues insupportables avec, pour conséquences, de très mauvais choix stratégiques.

Dans le cas de Grasshopper, si je vous comprends bien, c’est typiquement le club auquel on peut appliquer l’adage : « On ne prête qu’aux riches »…
GC a gentiment perdu de sa substance financière au fil des saisons compte tenu du fait que les résultats ne suivaient pas. GC est le Schweizermeister et il a vécu durant tellement d’années au sommet du football suisse grâce à ces soutiens qui ont maintenant disparu, ou pour le moins largement diminué. Un autre exemple, je vous le donne en lien direct avec le stade – un stade à l’anglaise comme on dit – où les gens étaient proches des joueurs avec une contenance de 15’000 spectateurs, où les vestiaires étaient vétustes. Ça ne démontrait pas l’opulence zurichoise. Par contre il y avait un salon, en quelque sorte le Club du Jeudi, où se faisaient certaines affaires. L’argent appelait l’argent, les grosses fortunes s’y rencontraient et parfois de grandes décisions y étaient prises. Si le club avait besoin de moyens supplémentaires pour faire venir une star du côté du Hardturm, je peux vous dire que les gens du Jeudi étaient très généreux.

Ces gens-là, aujourd’hui, sont-ils prêts à investir dans un club de deuxième catégorie ?
On peut faire un lien avec ce qui s’est passé avec le FC Zurich lorsqu’il est tombé en Challenge League. Alors oui le FC Zurich, comme vous dites, c’est le club du peuple, mais derrière tout peuple il y a quand même un personnage. Ce n’est pas avec les entrées au match et le merchandising en Suisse que tu peux t’offrir un budget de quasiment 30 millions. Le personnage, au Letzigrund, c’est une famille, la famille Canepa qu’on sait richissime et qui met beaucoup d’argent dans le club. Et Zurich est vite remonté dans l’élite…

… ce qui semble moins évident avec Grasshopper !
La question qu’on peut se poser aujourd’hui, elle est fait mal : le club pourra-t-il conserver son contingent actuel pour la saison prochaine ? Je ne suis même pas sûr que l’équipe actuelle serait capable de prendre l’ascenseur. Il y a deux ans, Zurich était remonté en Super League avec quasiment la même équipe : Ancillo Canepa avait conservé le même budget pour garder une phalange qui avait archidominée la Challenge League. Est-ce qu’aujourd’hui on est dans la même configuration pour Grasshopper… j’ai des doutes. Une lueur d’espoir ? Il faut laisser à GC un aspect important : la formation. Elle y est pointue, même s’il y a aussi eu à

Philippe Ducarroz

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