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L’athlétisme a entamé sa dangereuse réforme

Avec un championnat du monde qui se terminera le 6 octobre, l’athlétisme a emprunté un virage dangereux, entre courbettes aux organisateurs fortunés et « améliorations » des règles en vigueur…

Sebastian Coe, président de l’IAAF n’en mène pas large. Et pourtant, il n’est pas du genre à se laisser impressionner. Surtout pas par Steve Cram, son rival historique sur les pistes du monde entier. Sebastian Coe, premier homme à avoir cumulé les records mondiaux du 800 mètres, du mile et du 1500 mètres en 1979, se retrouve en conférence de presse menée par un Cram au parler toujours aussi franc et qui n’en manque pas une pour lancer des piques au double champion olympique au plus fort de l’affaire Caster Semenya, du nom de cette athlète hyperandrogine qu’on veut bannir des compétitions féminines. Ou presque. Début de saison pourri pour le patron de l’athlétisme mondial, embarqué dans une
bagarre politico-sportivo-judiciaire
qui risque de ne faire que des perdant(e)s.
L’ancien président du Comité
d’Organisation des Jeux de Londres, en 2012, n’en a pas fini avec les problèmes. Car cette conférence de presse organisée lors du coup d’envoi de la Ligue de Diamant se tient à Doha, site des futurs mondiaux repoussés à la fin de mois de septembre prochain pour raisons climatiques. Ça ne plait guère au
milieu des non-décideurs qui voit-là
un nouveau pas vers un athlétisme « contre nature ». Car il ne faut pas se leurrer : le plus grand circuit planétaire sert aussi de laboratoire – ses détracteurs parlent de simple transition pour faire passer des réformes courues d’avance –
afin « d’apporter à la discipline des améliorations nécessaires », dixit le patron. Pas loin de lui, Steve Cram sourit jaune. Il ne dit rien, grande gueule oui, mais parfois respectueux. Juste lâchera-t-il au terme du discours de son compatriote britannique : « Bon, maintenant passons aux personnes qui comptent vraiment : les athlètes ! »
Ambiance, ambiance…

Rester courtisable

Des athlètes, justement, qui vont devoir s’adapter à un nouveau terrain de jeu. Aux modifications réglementaires qui immanquablement auront des conséquences sur la… classe moyenne, ces forçats du travail qui luttent derrière les stars souvent surpayées du milieu pour arracher à un organisateur un couloir 8, s’ajoutent des conditions de compétition qui défient toute logique. L’argent, nerf de la guerre on le sait, se trouve aujourd’hui sous le soleil du Qatar. Le football et donc l’athlétisme n’ont pas hésité à vendre une partie de leur âme… et de la régularité de leur compétition. Et puis, plusieurs sports n’ont pas hésité à modifier fondamentalement leur image pour continuer de plaire au nerf de la guerre, les télévisions. Du volley au beach-volley en petites tenues féminines en passant par la réduction du nombre de points dans une manche décisive comme le tennis l’applique aussi désormais en double, par la couleur ou le poids des balles ou encore un écrémage destiné à ne plus mettre en évidence que les porteurs d’image, tous les moyens sont bons pour être courtisable.

En athlétisme, cela va se traduire dès 2020 par la suppression, par exemple, du 5000 mètres masculin ou bientôt du 3000 mètres féminin, trop longs, pas assez vendeurs et trop… kényans ou éthiopiens ! Un vrai scandale pour le vrai amateur de courses de fond qui avance que la domination africaine sur longue distance est aussi honorable que les passes d’armes américaines ou jamaïcaines sur le sprint court ou la présence massive des Européens dans les concours. Ou que dire encore de la délocalisation du lancer du marteau ou du poids, relégués au simple rôle de produit d’appel la veille du meeting principal ? À force de vouloir rendre un produit plus condensé et réduit à l’exposition du gratin de chaque discipline, ne dénature-t-on finalement pas ce qui fait la beauté des jeux du stade ?

Philippe Ducarroz

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