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IL VOULAIT ÊTRE BAGGIO, IL EST DEVENU ROMANO

« Je suis né un 19 septembre, un peu avant l’aube. Ma maman me racontait toujours que j’étais pressé d’arriver et que j’étais débordant d’enthousiasme dès les tous premiers instants de ma vie. Je me rends compte que rien n’a changé aujourd’hui : soit je fais les choses avec passion, soit je ne les fais pas. Cela se ressent aussi dans ma façon de commenter je crois. » Daniel Romano rit de bon cœur. Le quadra chauve et barbu a la bougeotte et est avide de nouvelles expériences. Entré dans le giron Teleclub en écrivant des articles pour le magazine que vous tenez en ce moment entre vos mains, il aura su faire sa place dans tous les domaines d’activité.

Journaliste, commentateur, reporter, concepteur et producteur d’émissions, présentateur des studios de Serie A, le voici en charge depuis peu de l’animation de journées consacrées au football suisse. Logique quand on est issu d’une famille aux origines italiennes, donc de footeux. « Ouhlala non ! Mon papa a peur de la foule, sourit-il. Il ne m’a jamais emmené voir le moindre match. À la maison c’était « l’école et les devoirs avant tout, après on verra ». En grandissant j’ai compris que c’était pour mon bien. J’ai longtemps fait du judo pour faire plaisir aux parents, mais ce sport individuel m’empêchait de partager mes émotions, de pouvoir crier quand j’en avais besoin, de sauter dans les bras des copains quand j’étais heureux, ou de pleurer avec eux quand nous étions tristes. Aujourd’hui encore, le partage c’est ce que je préfère dans mon métier. » Mais bon, il a bien fallu attraper le virus quelque part. « Mon premier souvenir de football date de juin 1990, pendant les « Notti Magiche » du Mondial en Italie : j’avais 8 ans, et je ne pouvais quitter du regard ce jeune milieu offensif de 23 ans en train de caresser le ballon avec tant de classe. Trois ans après, je l’ai vu gagner le Ballon d’Or. Ce jour-là j’avais décidé : plus tard, je voulais être Roberto Baggio. » Et aujourd’hui, Cristiano Ronaldo ? « Il n’est pas l’arme fatale. Si un joueur de foot avait déjà gagné une compétition à lui seul, ça se saurait. Demandez donc à Neymar et au PSG ! Un Messi, un Cristiano, ça peut aider, mais sans une équipe autour c’est impossible. »

 

Le fan de la Juve vote Inter

C’est un secret de polichinelle : la Juventus n’a jamais laissé Daniel Romano insensible. S’il est le premier à se réjouir des titres amassés ces dernières années par la Vieille Dame, le journaliste reprend le dessus lorsqu’il s’agit d’adopter un ton avisé sur la Serie A 2019/20 : « Un favori ? L’Inter, sans hésitation. Le club lombard fait tout juste depuis un an : nouvelle direction, nouveau dirigeants, nouvelle stratégie. Les cas épineux ont été résolus, l’équipe s’est sensiblement « italianisée » – ce qui va à l’encontre de son ADN – et elle a franchement une belle gueule après un mercato intelligent. L’arrivée d’Antonio Conte sur le banc fait de l’Inter mon favori pour le Scudetto. » Histoire peut-être aussi de se remettre de cette dernière Coupe du Monde sans la Squadra Azzura. Le problème, c’est que Romano ne se veut guère optimiste. « Si c’est pour sortir encore au premier tour comme lors de ses deux dernières participations dont une fois en tant que championne du monde en titre… Objectivement, l’Italie ne méritait pas d’aller en Russie. Il fallait cette grosse claque pour que les hautes instances comprennent enfin qu’après le titre de 2006, tout le monde avait arrêté de travailler sur la relève. Après, en Coupe du Monde, je suis tout aussi angoissé quand la Suisse joue. Suisse-Brésil, Suisse-Serbie, Suisse-Suède. Quels souvenirs franchement ! On est passé par tous les états ! »

 

Le vrai bonheur

Il est vrai tout de même que quand on s’appelle Romano, on ne peut qu’aimer le football transalpin. « De par mes origines, j’ai cette étiquette de « spécialiste du Calcio » qui me colle un peu à la peau, c’est vrai. Mais en réalité j’aime le foot tout court, quel que soit le pays, quelle que soit la catégorie ! Le foot amateur par exemple, c’est l’un des footballs que je préfère : avec une bière et une saucisse dans les mains et ces odeurs bien propres au foot de talus, on y fait de belles rencontres au bord du terrain et on regarde des types qui jouent avec une immense passion. Ce que j’aime, c’est ce qu’il y a autour du football : l’espoir, la passion, les discussions, les théories, les angoisses, les joies, les peines que ce sport peut générer. Prenez le cas Neymar l’été dernier par exemple : vous lâchiez le nom du Brésilien autour d’une bière dans un bar, et chacun avait son avis sur la question. La discussion pouvait carrément durer plusieurs heures ! » Ces fameuses discussions qui se partagent aussi en famille. Le traditionnel repas du dimanche. « Le meilleur moment de la journée… avec la sieste qui suit après un bon café évidemment (rires). Pour moi, la table, c’est le moment du partage. Le moment où on raconte sa semaine, où on rit, où on se fâche, où on débat, où on pleure ensemble, où on prend des décisions, où on écoute les autres, où parfois on les (re)découvre. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, la notion de partage a tellement changé de sens. Avec un repas dominical de plusieurs heures, on oublie le temps qui passe et on échange, pour de vrai. Et ça commence depuis la cuisine ! Quel bonheur de préparer ensemble, ce qu’on partagera ensuite à table. Je pense que le bonheur non partagé n’est pas le vrai bonheur. » Et s’il n’y a pas foot, c’est quoi ? « Les arts ! Le cinéma et la littérature, surtout. J’aime la littérature pour les traces du passé qu’elle a laissé derrière elle. Comprendre comment on vivait, toucher, lire, admirer un manuscrit qu’un écrivain a lui aussi touché à l’époque de la Renaissance me procure une émotion indescriptible. Pareil lorsque j’entre dans un château ou une église qui sont décorés avec des œuvres de grands peintres ou sculpteurs comme Michel-Ange ou Leonard de Vinci par exemple. »

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