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Teleclub Sports

« AVANT, C’ÉTAIT PLUS SIMPLE ! »

Le problème avec Ducarroz, c’est qu’il est intarissable. Et surtout, surtout ! Ne lui parlez pas de l’actualité de la fin du siècle dernier : avec sa gouaille, il va vous emmener dans des souvenirs aussi cocasses que souvent très anecdotiques pour ses collègues qui affichent – pour la plupart – une bonne génération de retard. À l’évocation de certains glorieux anciens inconnus des plus jeunes, le Fribourgeois se demande parfois s’il n’est pas un extraterrestre. « Disons que je m’étonne parfois du peu d’intérêt – ou plutôt de connaissances – des jeunes journalistes pour ceux qui ont fait l’Histoire, avec un grand H. Bien sûr, si on parle de Maradona, tout le monde connaît. Quand vous évoquez Giuseppe Meazza, on me parlera du… stade. Puskas, ça se complique déjà un peu. Évitez René Botteron : même s’il est Suisse, vous ne rencontrerez que des yeux écarquillés ! » Et le quinquagénaire de partir dans un grand éclat de rire. « J’exagère peut-être un peu, mais en participant aux discussions dans l’open-space de la rédaction, et pas seulement en sport, je remarque que les années ont creusé un vrai fossé : quand j’évoque Charles Aznavour, on me répond Maître Gims ou Stromae ! »

 

De la radio à la TV

Alors oui, Ducarroz concède volontiers qu’il se sent plus à l’aise avec ce sport du début des années 80 qui l’a poussé à en faire son métier. « Je pense que tu restes marqué à vie par tes premières expériences professionnelles. Les miennes ont été tellement extraordinaires… J’ai bossé pour Radio Sarine qui m’a permis, par exemple, d’animer des émissions en direct d’un café réputé pour être le haut-lieu de la prostitution à Fribourg… et d’être reçu par le Pape à Rome la semaine suivante. Pour Radio Fribourg où j’ai pu exercer mes premières responsabilités ou pour la Radio Suisse Romande qui m’a fait d’emblée confiance en m’envoyant sur les plus grands événements. Il y a eu la TSR, et enfin Teleclub dont j’ai pu initier son installation en Suisse romande avant de passer la main à l’actuel chef Maïque Perez. » En gros, plus de 35 ans traversés micro à la main, à commenter hockey, football et athlétisme, ses trois domaines de prédilection. « Oh, il y a aussi le basket que j’adore et bien sûr le tennis. En 1992, à Barcelone, j’en ai pris plein les yeux avec la Dream Team américaine et le titre en simple de Marc Rosset. »

 

Place aux jeunes

Aujourd’hui, Philippe Ducarroz ne cache pas non plus que le métier a bien changé. Pas seulement techniquement, mais aussi dans l’approche des sujets et surtout dans la complicité qu’on pouvait encore avoir à l’époque avec les sportifs. « Ils sont tellement sollicités que les chefs de presse érigent parfois des barrières autour d’eux et je peux le comprendre. Ce qui me gonfle, c’est le jeune footballeur – exemple pris au hasard (il fait un clin d’œil) – qui ne représente encore rien et se montre déjà irrespectueux. J’en rigole, mais à l’époque, quand tu arrivais dans le stade, le jeune sportif se disait « Oh p…, y’a Ducarroz », impressionné. Aujourd’hui, j’ai sans doute le tort de ne pas me montrer impressionné à mon tour. »

Entre commentaires en direct et présentations des studios de hockey et de « Match après match », le talk 100% foot, Ducarroz le répète souvent désormais : place aux jeunes ! Mais quand vous lui demandez quels sont les techniciens, par exemple, qui le marquent le plus aujourd’hui, il vous répondra… Gilbert Gress ou Umberto Barberis. « Le football était tellement plus simple ! »…

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